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Non, agriculteurs, éleveurs et viticulteurs ne sont ni des tueurs, ni des empoisonneurs !

Halte à l’agriculture « bashing ». Non, les agriculteurs, éleveurs et viticulteurs ne sont ni des tueurs, ni des empoisonneurs comme tendent à le faire croire des mouvements minoritaires et des groupements sectaires de plus en plus virulents. Il n’est pas dans mon propos ici de discuter de la légitimité à défendre la cause animale, la santé humaine ni d’exonérer la profession agricole de sa part de responsabilité dans les dérives productivistes, il est de parler d’Hommes et de Femmes, et de la réalité humaine de ces attaques qu’ils subissent continuellement.
Ma légitimité pour en parler, je la tiens de mon activité professionnelle de consultant qui m’amène depuis de longues années à travailler avec les agriculteurs, les éleveurs et les viticulteurs, leurs organisations professionnelles et leurs responsables, à les accompagner pour construire leur avenir et l’agriculture de demain. Les personnes que je rencontre sont des gens d’une grande simplicité, pragmatiques et concrets qui ne s’abrite pas derrière les artifices du paraître, le plus souvent passionnés par leur métier, leurs animaux, leurs terres et cultures, leurs vignes. Ce sont des gens attachants car encore imprégnés de valeurs qui ont depuis longtemps disparu d’autres couches de la société, et dont beaucoup trouve l’énergie et la motivation dans cette noble cause qui est de contribuer à nourrir les autres. Alors quand des groupuscules extrémistes relayés par le flot médiatique les clouent au pilori et les livrent à la vindicte publique, ce ne sont pas seulement des métiers qu’ils remettent en cause, des activités économiques dans les territoires qu’ils fragilisent, ce sont des Hommes et des Femmes qu’ils attaquent lâchement dans leur raison d’être et leurs valeurs. Et cela, c’est intolérable d’autant que certains de ces groupuscules utilisent tous les moyens y compris les plus dévoyés pour poursuivre leur but totalitaire. J’ai été témoin de ces pratiques staliniennes par l’association L214 contre des éleveurs et leur coopérative que j’accompagne : violations de domicile, diffusion d’images sorties de leur contexte et manipulées, etc. Je peux témoigner du désarroi, du sentiment d’injustice de ces éleveurs qui sont les premiers scandalisés par la violence envers les animaux. Et qui ne le serait pas ? La puissance émotionnelle de ces images dont la diffusion est sciemment orchestrée et relayée par des médias avides de sensations a des effets destructeurs irréparables sur ces Hommes et Femmes qui ne comprennent pas ce qui leur arrive. Imaginez demain que la tête de chacun d’entre nous pourra être propulsée par les mêmes méthodes à la une des médias avec le gros titre d’assassin parce qu’il roule dans une voiture diesel : ce n’est plus de la science-fiction ! Et quand surgit la vérité, au cas particulier pour ces éleveurs, que l’association L214 a été déboutée par la justice, personne n’est là pour le dire alors je m’en fais l’écho comme une goutte d’eau dans la mer. C’est vrai que la communication n’est pas le point fort de l’agriculture et des agriculteurs, ils sont d’autant moins préparés à affronter ces tempêtes médiatiques. Sans doute ont-ils crû longtemps que s’occuper de la terre et de la vie suffisait à leur assurer une légitimité.
On ne peut pas déconnecter les dérives de l’agriculture productiviste et ses méfaits d’un système global dans lequel les consommateurs ont eu et ont encore leur responsabilité à rechercher toujours le produit le moins cher, ne parlons pas des excès de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution qui contribuent à ce que beaucoup d'agriculteurs peinent à survivre. Bien entendu, les agriculteurs sont aussi responsables, qui ont cédé à la facilité en perdant la maîtrise de leur métier, la maîtrise des organisations collectives que leurs prédécesseurs ont solidement construit dans l’après-guerre, en tombant sous la coupe des firmes phytosanitaires, et j’en passe. Je peux témoigner cependant à travailler avec des élus du monde agricole de la prise de conscience politique déjà ancienne et de la volonté dans les chambres d’agriculture et ailleurs d’impulser une agriculture plus respectueuse de l’environnement, de la qualité de l’eau et de renouer le lien avec le consommateur en étant plus proche de ses préoccupations. Il est vrai qu’il y a parfois une distance entre l’intention et les actes, que c’est souvent très long à se traduire sur le terrain, tous ceux qui accompagnent le changement et les mutations en comprendront aisément les raisons. Si les consommateurs aujourd’hui ont accès à des produits bio, c’est aussi parce que des agriculteurs se sont battus souvent contre vents et marées pour mettre en œuvre des solutions plus respectueuses de la terre et de l’environnement et plus conformes aux valeurs qu’ils portent. Ils ont été précurseurs à une époque pas si lointaine où la seule préoccupation du consommateur était de manger au moindre coût. Les temps changent et c’est tant mieux : le consommateur prend conscience de son alimentation et demande à ce qu’on lui rende des comptes sur les produits qu’on lui donne à manger. Alors oui, en tant que consommateur et citoyen, soyons exigeants avec les agriculteurs, les éleveurs et les viticulteurs mais soyons justes, aidons-les par notre comportement d’achat à réaliser cette mutation nécessaire et à vivre de leur métier plutôt que de céder aux sirènes émotionnelles des manipulateurs professionnels aux tentations intégristes. Méfions-nous que les agriculteurs ne soient pas la figure de l’étranger dans l’histoire du boulanger de Fernand Reynaud. (A découvrir pour ceux qui ne la connaissent pas !)
Je précise que les propos tenus dans cette chronique n'engagent que son auteur c'est-à-dire moi-même.

 

Gilles Isart

Citadin, consommateur et citoyen libre.

 

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Inspirations


"L'avenir n'est pas un lieu où nous allons, c'est un lieu que nous créons."

John Schaar

"Des changements révolutionnaires sont en train de se produire. Et le terme révolution est un euphémisme.

Nous vivons en réalité le bouleversement le plus profond du système du savoir depuis que notre espèce a commencé à penser."

Alvin Tofler