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Comment les caves coopératives, les syndicats et ODG peuvent tirer bénéfice de la transition numérique ?

La transition digitale : une opportunité pour les caves coopératives, syndicats et ODG de la filière vitivinicole

La transition digitale offre aux organisations collectives de la viticulture : caves coopératives, syndicats du vin, ODG et interprofessions, une opportunité précieuse de revitaliser la vie collective et de développer les nouveaux services nécessaires pour accompagner les exploitations viticoles dans le monde numérique de la vigne et du vin. Elles en ont la légitimité, sauront-elles s’en emparer pour en exploiter tout le potentiel ?

 

Les organisations professionnelles de la filière vitivinicole ont une culture du collectif et du réseau qui leur permet légitimement de se positionner dans l’accompagnement de la transition digitale qui concerne cette filière tant à la production que dans la mise en marché. Elles peuvent envisager deux axes de travail : l’un sur la redynamisation de la vie collective et la réponse aux nouvelles attentes des adhérents, l’autre sur les nouveaux services à proposer aux viticulteurs pour accompagner la transition numérique des exploitations.

 

 

1 Dynamiser la vie collective et favoriser un fonctionnement plus collaboratif

 Le numérique permet de repenser la façon de gouverner et le fonctionnement démocratique dans les organisations collectives, et peut être un moyen de renforcer les relations sociales. Des outils sont disponibles pour réinvestir le champ participatif de façon innovante, redynamiser l’action militante et collective et redonner du souffle aux organisations professionnelles viticoles. Les solutions offertes par les technologies digitales peuvent favoriser le réengagement des adhérents dans la vie collective :

  •  Instaurer une relation et un dialogue continus dans le temps avec les adhérents pour obtenir un engagement dans la durée et pallier ainsi aux limites des formes traditionnelles de participation comme les assemblées générales,
  • Participer et capitaliser sur les dynamiques collectives que l’on observe à travers le développement des plateformes de Cofarming,
  • Construire les décisions autrement par la mise en place de processus de concertation et de co-construction dans des conditions facilitées, le numérique permettant de réduire les contraintes spatiales et temporelles,
  • Etc.

 Comme je l’ai évoqué dans un article, la révolution numérique est avant tout une transformation de la société qui se manifestent notamment par :

  •  La remise en cause du modèle pyramidal,
  • La méfiance à l’égard des institutions et des organisations constituées,
  • La revendication de chacun à pouvoir agir et à être reconnu.

Par leur origine et leur raison d'être, les organisations collectives vitivinicoles ont totale légitimité à s'inscrire dans ce mouvement, à saisir ces nouvelles aspirations afin de renouer avec la culture du collectif et du réseau qui ont fait leurs beaux jours. Ne pas le faire pourrait accentuer dans un premier temps les symptômes de dévitalisation de la vie démocratique que j'ai souvent observés : des fonctionnements très verticaux, des assemblées générales sans véritable débat, des modes de fonctionnement qui consistent à faire valider des décisions prises dans des cercles de plus en plus restreints notamment. Dans un second temps, elles seraient sous la menace d'un délitement des liens avec les viticulteurs et d'une ubérisation progressive du fait de la capacité des viticulteurs à s'auto-organiser et de leur gain en autonomie, portés par les technologies numériques.

 

2 Un nouveau positionnement et de nouveaux services

 La transition numérique de la filière vitivinicole est en cours et va profondément transformer le métier des viticulteurs. Elle se traduit essentiellement aujourd’hui par la numérisation des équipements et la viticulture de précision, qui sont des faits observables depuis quelques années. Cependant, la numérisation n’est qu’un aspect de la transition numérique. Son enjeu principal et majeur en viticulture est celui de la collecte et du traitement des données produites par tous les objets connectés et capteurs qui vont envahir progressivement les vignobles et les caves. Elles constituent un gisement de valeur et de création de nouveaux services d’aide à la décision aux viticulteurs pour lui permettre de produire mieux, de façon plus économique, plus respectueuse de l’environnement et plus en adéquation avec la demande des consommateurs. Les organisations professionnelles viticoles, les caves coopératives de par leur indépendance d’intérêts privés et financiers ont vocation à être au cœur de l’usage de ces données mais aussi de plateformes collaboratives qui permettraient de mutualiser l’usage de matériels qui peuvent être couteux à l’échelon individuel. Sans aucun doute, les données collectées demain par l’ensemble des capteurs qui vont envahir les matériels et les vignes, seront au cœur de l’interaction avec les viticulteurs à condition d’en avoir la maîtrise.
Un autre enjeu de la transition digitale dans la filière vin concerne les exploitations qui prennent en charge la commercialisation. Je vous renvoie à mon article « les clés pour vendre du vin dans l’économie numérique ». Si la transition numérique est une opportunité pour les viticulteurs en vente directe de préserver voire accentuer leur indépendance commerciale, les conditions de réussite sont élevées et ils ne pourront y arriver seuls. Ils devront être accompagnés pour acquérir des compétences nouvelles et maîtriser des technologies, partager des moyens technologiques et humains. L’heure est également aux écosystèmes et aux alliances : les organisations professionnelles viticoles et les caves coopératives peuvent si elles le veulent se positionner au centre de ces écosystèmes afin de développer les nouveaux services nécessaires aux viticulteurs, favoriser les synergies entre les acteurs et l’action collective des viticulteurs dans la préservation et la conquête de la valeur, faire le lien avec la winetech.

 

Une transition numérique réussie de la filière vitivinicole nécessite un renforcement de l’action collective et des coopérations au sein des appellations, entre viticulteurs et entre les acteurs de la chaîne de valeur. Les organisations collectives de la filière, les organismes de développement et les caves coopératives ont une légitimité pour accompagner cette transition dont les enjeux sont la préservation des intérêts des viticulteurs : indépendance et captation de la valeur. Certes, il s’agit pour ces organisations de faire leur propre mutation pour tenir ce rôle dans le monde viticole de demain, tant dans leur mode de fonctionnement que dans les services qu’elles proposent. C’est encore possible si elles veulent saisir cette chance.

 

Gilles Isart

0623902656

 

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Inspirations


"L'avenir n'est pas un lieu où nous allons, c'est un lieu que nous créons."

John Schaar

"Des changements révolutionnaires sont en train de se produire. Et le terme révolution est un euphémisme.

Nous vivons en réalité le bouleversement le plus profond du système du savoir depuis que notre espèce a commencé à penser."

Alvin Tofler